Vol. II : Angine de Poitrine transforme l'essai
Six semaines après leur session KEXP virale, les masques de Saguenay publient Vol. II et prouvent qu'un phénomène Internet peut devenir un vrai groupe qui compte.
Le piège était énorme, et ils l’ont contourné avec une élégance rare. Six semaines à peine après l’explosion virale de leur session KEXP, le duo québécois Angine de Poitrine a publié le 3 avril son deuxième album, sobrement intitulé Vol. II. Le moment était périlleux : sortir un disque au sommet de la hype, c’est s’exposer à l’examen le plus sévère qui soit, celui des nouveaux venus qui n’attendent qu’une raison de passer à autre chose.
L’épreuve du deuxième disque
Pour un phénomène viral, le deuxième album est un référendum. La question n’est pas « est-ce bon ? » mais « était-ce un accident ? ». Vol. II répond par la continuité : mêmes gammes microtonales qui désorientent l’oreille, mêmes architectures rythmiques en escalier, même tension entre l’absurde visuel et le sérieux absolu de l’exécution.
Ce refus de l’arrondi est précisément ce qui pouvait leur arriver de mieux. Un duo qui aurait profité de sa fenêtre de visibilité pour lisser sa musique aurait trahi exactement ce qui l’a rendu visible. En restant fidèles à leur « mantra-rock dada pythago-cubiste », Khn et Klek de Poitrine convertissent la curiosité en adhésion.
Bandcamp, le circuit court assumé
Détail qui n’en est pas un : l’album vit d’abord sur Bandcamp, le circuit court de la musique indépendante. Pour un groupe propulsé par une radio publique et le bouche-à-oreille numérique, le choix est cohérent de bout en bout : pas de major, pas de calendrier marketing, une relation directe avec un public qui paie volontiers pour soutenir ce qu’il a découvert gratuitement.
C’est un modèle que la scène expérimentale mondiale observe de près, parce qu’il inverse la logique dominante : au lieu de poursuivre les playlists, on construit une communauté qui vous cherche.
Et maintenant, la scène
La suite logique s’écrit en live. Une musique aussi visuelle, des masques, des costumes, une gestuelle de théâtre, est presque conçue pour la scène et pour la captation. Chaque concert est un contenu en puissance, chaque date un événement filmable.
Les programmateurs européens l’ont compris, et l’été des festivals s’annonce comme le moment de vérité des phénomènes de l’année. Si Angine de Poitrine traverse l’Atlantique dans les prochains mois, attendez-vous à des salles pleines de gens venus vérifier de leurs yeux que tout cela existe vraiment.
C’est peut-être la plus belle leçon de Vol. II : sur Internet comme ailleurs, la sincérité radicale reste la stratégie la plus rentable.
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